[Reportage] Formation professionnelle en BTP : Stratégies et politiques d’insertion des étudiants

[Reportage] Formation professionnelle en BTP : Stratégies et politiques d’insertion des étudiants

Allier théorie et pratique, c’est devenu le fondement essentiel des écoles de formation. En effet, la filière technique requiert plus de « descente sur les chantiers pour mieux assimiler et intégrer les enseignements ».

Tous vêtus de gilets de sécurité de couleur verte et de casque blanc, un groupe d’étudiants suit attentivement les directives de leur formateur. Ce travail pratique se passe dans un espace aménagé au sein de l’Institut Polytechnique de Dakar (IPD). Matériaux de BTP, pavés et briques entre autres plantent le décor. Au même moment, d’autres étudiants de ce même établissement se trouvent sur les deux voies de Liberté 6 pour appliquer d’autres exercices liés notamment à la topographie. La direction dit vouloir mettre ses étudiants dans les conditions pour leurs préparer à une intégration réussie dans leurs futurs postes.

Amadou Sow, Directeur de Markéting et de communication de l’institut estime que c’est la meilleure offre de formation possible. « Le génie civil est une filière totalement pratique. C’est important que l’étudiant se projette sur le contexte d’entreprise. Ces travaux sont une vraie immersion professionnelle.  Nous avons aussi notre laboratoire dans lequel des essais géotechniques sont faits. C’est important que les étudiants aient une bonne culture de l’esprit d’entreprise. Ils sont dotés gratuitement d’équipements individuels. Les équipements sont obligatoires dans les espaces de TP », explique-t-il.

La pratique, une voie d’insertion professionnelle

Le sieur Sow avance, par ailleurs, que le centre dispose d’une manière particulière pour noter les apprenants. Il s’agit du Contrôle en cours de formation (CCF) qui sont des examens pratique. C’est sur ce même registre que le Dr Mamadou Tine, responsable de la Cellule interne d’assurance qualité de l’Ecole Supérieure d’Électricité, de Bâtiment et des Travaux Publics (ESEBAT), s’exprime. L’école a mis en place tout un système, à la fois interne et externe, permettant aux étudiants d’avoir une insertion professionnelle même celle-ci n’est pas tout le temps garantie.

« On a signé également des conventions des partenariats avec d’autres établissements afin que certaines matières où il n’y a pas de pratique ici que les étudiants puissent faire ça là-bas. Nous ne pouvons pas donner à chaque étudiants un stage ou bien un emploi mais nous faisons tout pour les accompagner pour qu’ils obtiennent un stage ou emploi. Et éventuellement les étudiants qui font première année jusqu’en Master 2 font des visites de chantiers. Nous avons quelqu’un qui travaille sur ça, Mr Ndour Albert. C’est lui le responsable de la cellule d’insertion professionnelle. Son travail consiste à aller sur le terrain pour chercher des stages pour les étudiants les amener dans les chantiers et dans les entreprises afin de les imprégner dans le domaine du BTP », explique Dr Tine.

Le bac Scientifique privilégié…

Le bâtiment recherche des bras mais aussi des têtes bien faites ! L’accès à ces filières technique requiert ainsi une certaine préparation. Cela passe par l’obtention d’un bac scientifique. En effet, la sélection pour entrer dans ces formations s’effectue sur la base d’un dossier de candidature. Toutefois, Dr Tine rappelle que les étudiants non scientifiques peuvent bénéficier d’une année préparatoire pour intégrer la formation : « L’école forme sur différents métiers tels que les génies civils, l’électromécanique et l’électrotechnique la filière géomètre topographe et géotechnique et route. Parfois il y a une sélection pour le génie civil. Les étudiants en première année doivent avoir forcément le bac scientifique par contre ceux qui ont le bac L2 et L1 font une année de cours préparatoires. L’objectifs est de renforcer leurs niveaux les dans les matières scientifiques etc. Et certaines matières pour qu’ils puissent intégrer la première année en génie civil ».

Etudiante en 2ème année en génie Civil à l’IPD, Fama, teint noir, dit ne pas avoir de regret d’être inscrite dans cette filière. Elle suit donc une passion qui lui a été « insufflée », par sa sœur. Son Camarade de promo, Ismaël, originaire du Comores explique qu’il est fier de faire partie de cette génération de « futurs ingénieurs ».  Toutefois, l’ingénieur de conception et formateur à l’ESEBAT révèle qu’il rencontre souvent des difficultés généralement liées aux termes. « Nous savons que nous sommes dans une filière technique, cela nécessite beaucoup de travaux pratique et de vie de chantiers. Les difficultés que nous rencontrons sont surtout liées au niveau de langue des étudiants. Cela a un impact sur le déroulement de nos cours. Le langage que nous employons sur le chantier est légèrement différents de celui que nous employons en classe. Si l’apprenant a tendance à adopter ce langage du chantier, cela va lui porter préjudice. Les travailleurs des BTP informels ont un registre qui leur est propre. C’est très différent du langage professionnel. Je vous donne un exemple, le gravier, ils l’appellent le béton alors que cela c’est un mélange avec d’autres éléments ».

Une formation renforcée par une volonté politique

Derrière cette manière de transmettre du savoir à la fois scientifique et technique, il y a « une volonté politique de l’Etat du Sénégal », selon le sieur Sow qui a été, par ailleurs, Directeur des études de l’IPD. La demande en compétences d’Enseignement Technique et Formation Professionnelle (EFTP) est élevée au Sénégal, et le marché du travail donne des signaux forts aux particuliers. Les personnes ayant un diplôme d’EFTP sont beaucoup plus susceptibles d’être employées que celles ayant fait une formation générale.

L’IPD a voulu apporter sa pierre à l’édifice. « L’Etat du Sénégal, depuis 2012, a tenu le conseil présidentiel sur l’enseignement supérieur. De ce conseil, a découlé l’orientation stratégique de l’enseignement sénégalais vers les filières scientifiques et techniques. Ce qui nous a poussé nous à mieux nous investir dans ce domaine et pousser les jeunes à s’orienter vers ces filières scientifiques qui sont assez pourvoyeuses d’emploi. Dakar foisonne de par ses entreprises, c’est un honneur de croiser nos étudiants dans les grands chantiers, les grands travaux de l’Etat du Sénégal », explique Amadou Sow.

Universcite

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